Alors que les pays se réunissaient à Bonn pour la 62e session des organes subsidiaires de la CCNUCC (« SB62 »), un événement parallèle de haut niveau sur le « Plaidoyer en faveur de l’investissement dans les CDN africaines » (« Making the Investment Case for African NDCs »), coorganisé par la Banque africaine de développement et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), a mis l’accent sur l’importance de rendre les Contributions déterminées au niveau national (CDN) des pays africains plus holistiques, plus faciles à mettre en œuvre et plus propices à l’investissement.
Cet événement a fourni une plateforme opportune pour mettre en avant les perspectives africaines et présenter les efforts en cours visant à aligner les ambitions climatiques sur les priorités de développement à long terme et la viabilité financière, alors que les pays préparent leur prochaine génération de CDN (CDN 3.0).
Ouvrant la discussion, Margaret Athieno Mwebesa, commissaire du Département du changement climatique de l’Ouganda, a salué le soutien technique continu de la Banque pour la réalisation du bilan de la CDN actuelle de l’Ouganda, dans le cadre du processus CDN 3.0. Elle a mis l’accent sur le lien critique entre financement et mise en œuvre, notant que « sans investissements, nos CDN sont pratiquement inutiles. Avec moins de 10 % du financement des CDN de l’Ouganda mobilisé en 2024, nous devons redoubler d’efforts pour rendre nos plans climatiques véritablement bancables. »
Dans une allocation liminaire éloquente, Anthony Nyong, directeur du changement climatique et de la croissance verte à la Banque africaine de développement, a souligné l’urgence d’intensifier le soutien aux investissements climatiques en Afrique et la nécessité de renforcer les partenariats : « L’Afrique ne manque pas d’ambition. Ce dont elle a besoin, ce sont des partenariats, des investissements et un soutien systémique », a-t-il appelé. « Sortons du pessimisme. L’Afrique est mûre pour des investissements climato-intelligents : 70 % de ses infrastructures restent à construire, elle est riche en énergies renouvelables et dispose de vastes réserves de terres arables et de minéraux critiques. »
M. Nyong a également souligné les étapes importantes du financement climatique de la Banque, passant de 9 % à 55 % d’engagements financiers climatiques entre 2016 et 2023. Il a cité des outils tels que l’Africa NDC Hub (Plateforme africaine pour les Contributions déterminées au niveau national), le Mécanisme des avantages de l’adaptation et le Guichet d’action climatique, tous conçus pour débloquer des actions climatiques prêtes pour investissement et pilotées par les pays.
« Les banques multilatérales de développement (BMD) ont travaillé collectivement pour aider les pays à élaborer et à mettre en œuvre leurs CDN et leurs SLT, y compris aux niveaux sectoriel et infranational, et accélèrent ces efforts grâce au programme SLT des BMD, lancé lors de la COP 28 et hébergé par la Climate Support Facility de la Banque mondiale », a précisé Sung-Ah Kyun, directrice adjointe de la stratégie et de la mise en œuvre climatique à la BERD et coprésidente du groupe de travail des BMD sur les politiques et l’engagement des pays et clients.
L’événement comprenait un dialogue entre les pays, explorant les expériences évolutives du Botswana, du Ghana et du Zimbabwe dans l’élaboration et la mise en œuvre de leurs CDN.
Représentant le Ghana, Seidu Issifu, ministre d’État chargé du Changement climatique et du Développement durable, a évoqué les progrès et perspectives de son pays. Il a mis l’accent sur les besoins de financement du Ghana (entre 9,3 et 15 milliards de dollars pour la période 2021-2030) et a appelé à un soutien accru pour identifier et développer les opportunités d’investissement sectoriel, notamment dans les domaines de l’énergie, des transports et de l’agriculture.
Pour le Botswana, Balisi Gopolang, directeur du changement climatique, a partagé les enseignements tirés de la deuxième soumission de la CDN de son pays. Il a noté que, si le processus initial de CDN était nouveau et peu familier, le Botswana est désormais mieux placé pour mobiliser des partenariats, en mettant l’accent sur les investissements énergétiques qui couvrent à la fois les objectifs d’atténuation et d’adaptation.
Lovemore Dhoba, directeur adjoint pour le changement climatique au Zimbabwe, a présenté la CDN 3.0 récemment soumise par son pays, qui privilégie l’intégration de questions transversales telles que le genre et la jeunesse. Il a réaffirmé l’engagement du Zimbabwe à aligner ses ambitions climatiques sur les priorités de développement grâce à une coordination institutionnelle efficace.
La table ronde, animée par Uzoamaka Nwamarah, conseillère en changement climatique au secrétariat du Commonwealth, a réuni des experts de partenaires du développement et d’agences des Nations unies pour réfléchir à la manière dont ils aidaient les pays africains à renforcer leurs CDN.
Davinah Milenge Uwella, coordinatrice en chef des programmes à la Banque africaine de développement, a parlé de l’Africa NDC Hub, hébergé par la Banque, qui rassemble 21 autres partenaires membres afin de coordonner l’assistance technique apportée aux pays africains pour l’élaboration et la mise en œuvre des CDN, des stratégies à long terme, des plans nationaux d’adaptation et des rapports biennaux sur la transparence.
Elle a mis l’accent sur le rôle continu de l’Africa NDC Hub dans la fourniture d’une assistance technique coordonnée, avec plus de dix pays bénéficiant d’un soutien à l’élaboration de leurs CDN et de leurs stratégies. Paola Ridolfi, conseillère en changement climatique à la Banque mondiale, a mis l’accent sur l’importance d’une planification des investissements fondée sur des données probantes, soulignant le rôle des rapports nationaux sur le climat et le développement de la Banque mondiale dans le déblocage des financements climatiques et l’alignement des investissements sur les trajectoires de développement.
Pour le PNUD, Catherine Diam-Valla, coresponsable de l’initiative Climate Promise 2025 du PNUD, a souligné la large portée de cette initiative, qui aide les pays à intégrer les CDN dans les cadres de développement nationaux, à renforcer les systèmes de budgétisation et de transparence climatiques et à créer un accès aux marchés du carbone.
Chiagozie Udeh, spécialiste de programme au FNUAP, a souligné la nécessité pour les CDN de refléter la dynamique démographique, l’égalité de genre et l’autonomisation des jeunes pour une action climatique inclusive et centrée sur les personnes. « La crise climatique ne concerne pas seulement les émissions, mais aussi les populations. Nous devons veiller à ce que nos CDN tiennent compte des réalités sociales. »
La session comportait également une présentation technique de Lucy Naydenova, experte du Mécanisme des avantages de l’adaptation à la Banque africaine de développement, sur un guide pratique pour une approche holistique des CDN 3.0, axé sur la manière dont les résultats de l’adaptation peuvent être monétisés pour attirer les investissements privés.
M. Nyong a conclu en affirmant « l’engagement de la Banque à travailler main dans la main avec ses partenaires (gouvernements, BMD, secteur privé et société civile) pour veiller à ce que les objectifs climatiques de l’Afrique soient non seulement bien articulés, mais également bien financés et mis en œuvre efficacement. »
